"Jeunesse, forme-toi d’abord !" Par Amadou Tidiane Thiello

Lisons, apprenons, cultivons-nous !

Nous jeunes, ne pourrons point mener vers des larges poissonneux certains combats, si nous ne sommes pas à même de mesurer leurs degrés d'exigence, du moins, si nous ne sommes pas conscients de l'énergie qu'il nous faut mobiliser pour leur accomplissement.

L'ignorance conduit toujours vers le développement d’idées incertaines, douteuses et à l'aventure dangereuse.
Nous ne pourrons jamais gagner certaines batailles que nous prétendons porter si nous ne les dotons pas de l'exigence qu'elles requièrent. 
Ces combats nécessitent une bonne formation, une culture solide, des études fouillées et poussées exemptes de toute légèreté pour les porter à la hauteur de leur dignité.
Que ce soit le débat sur le franc CFA ou encore le débat sur les APE ou tout autre débat, ceux-ci soulèvent des questions techniques et exigent une certaine maitrise historique de l'abondante littérature et des discussions qui leurs ont été consacrées. Ainsi un détour historique sur ces discussions est toujours fort intéressant pour mieux appréhender toutes les questions et pouvoir baliser le chemin afin d’y porter un autre regard : lucide, nouveau et fécond.
Ce faisant la passion, l'émotion voire la fougue à elles seules sont contre-productives, à la limite stériles pour pouvoir être à mesure de s'aventurer à se prononcer sérieusement sur ces questions.
Élever la voix, verser dans le sensationnel sont des formes de déploiement de l'ignorance et témoignent, comme devant un tribunal, de la faiblesse et de l'incapacité à appliquer le sceau de scientificité et de pertinence aux idées que l'on soutient, du moins que l'on prétend soutenir.
Glissant le sujet sous un autre registre, les choses paraissent encore plus inquiétantes et les inquiétudes plus saisissantes. 
Aujourd'hui, la jeunesse s'est engagée dans la politique ou en politique mais aveuglément. 
C'est déplorable de voir cette jeunesse embarquée dans des « pick-up » aux desseins de servir à une « meute de mobilisation » en remplacement d’ « ignorants politiques » et quelques autres femmes, hommes et vieux dégoûtés par certaines vils pratiques politiques au fil du temps.
Les jeunes sont dans les partis politiques mais occupent des fonctions rébarbatives s'ils ne servent pas, d'ailleurs, tout simplement que de "décor politique". Ceci tient fondamentalement d’eux même, moins de ceux qui les instrumentalisent. Beaucoup d’entre nous utilisent la politique comme un raccourcis pour "la réussite", curieuse réussite, au grand dam de sa fonction essentielle qu'est, d’abord et essentiellement, de rendre service.
Aujourd'hui les amphithéâtres sont délaissés au profit des « maisons de partis », fort heureusement pour les dirigeants de partis au détriment de l’Etat qui continue de supporter lourdement mais stérilement un financement à une jeunesse qui se hâte et hâte la venue du « fruit », non encore mûr, sans le temps et la formation que tout bon « fruit » et toute vraie réussite exigeraient.
Formons-nous d'abord, cultivons-nous ! Le respect que nous méritons et nous exigeons à cor et à cri de la part de nos aînés et même de ceux qui nous dirigent tient essentiellement de cela.
Rien n'est trop tard. Le dur labeur finit toujours par payer, de quoi et de surcroît lui accorder l'énergie et le temps qu'il exige.
Tout compte fait, ces paroles ne sont pas celles d’un jeune qui se situerait de l'autre rive et serait exempt de reproches. Lui-même n'est pas en dehors du lot et hors de la ligne de mire de ses propres mots. Ces mots ne sont que la radioscopie d'un constat inquiétant qui sonne comme le cri d’une sentinelle pour alerter et constituer un maillon dans la chaine que nous souhaitons muer en panacée à ces maux !

Amadou Tidiane THIELLO
thiellotidjane@gmail.com
Science Politique/ Université Gaston Berger de Saint Louis