"Législatives 2017: entre constats et évaluation" Par Adja Isseu Sène

Depuis six mois, l'angoisse était grandissante au fur et à mesure que les élections approchaient tant les enjeux étaient primordiaux. Pour de simples élections législatives, jamais le pays n'a autant été secoué. La campagne électorale a commencé bien avant l'heure, reflétant le niveau médiocre des acteurs du jeu politique sénégalais. En sus de cela, les imperfections qui entourent l'avènement de la treizieme législature sont nombreuses et diverses; elles passent de la mauvaise organisation au caractère passif et irréfléchi des sénégalais; même si l'espoir d'un changement futur est permis.

Impairs et dysfonctionnement: aurait-on atteint le sommet?

La mauvaise organisation de ces législatives est un secret de polichinelle. On en est arrivé au niveau où on soupçonne le gouvernement d'avoir voulu saboter le déroulement des élections. Même si dans certains cas incompétence rime avec sabotage. D'abord, il y a le problème des nouvelles cartes d'identités. Comment diable peut-on dépenser 52 milliards dans la confection de cartes biométriques (dans un pays où on a presque pas de détecteurs à puce) et se retrouver à voter avec des récépissés d'enrôlement? Serait-on dépourvu de main d'oeuvre capable d'aider dans la confection et la distribution des cartes dans un pays où le chomage est aussi élevé que le nombre de comédiens? Mais bon, peut être que les priorités sont ailleurs. 
Je ne reviendrais même pas sur les impairs notés sur les listes électorales. De toute façon, en 2017, on ne trouve pas encore choquant le fait de se faire trimballer de bureau de vote à un autre pour savoir dans lequel on devrait voter. Pauvre de nous.
Ensuite, de nombreux dysfonctionnements ont été notés le jour du scrutin; des bureaux de vote qui ouvre à 11h, des listes acheminées à ces mêmes bureaux à 13h, des listes mouillées parce qu'on a pas été assez intelligent pour remarquer qu'on est en plein hivernage, des listes étalées à même le sol sans se soucier de ceux qui auront du mal à se baisser pour les prendre...la liste est loin d'être exhaustive. Et pourtant au Sénégal on vote depuis 1848.
Mais dans un pays où on oublie aussi rapidement que le cours d'un fleuve, rien d'étonnant.

Le Sénégal: un pays d'amnésiques.

Quoiqu'il en soit, et même si c'était un immense capharnaùm, les élections n'ont enregistrées presque pas de violence. Précisons, physique. Parce que la violence que nous infligr notre propre comportement est bien pire. Il n' y a pas au monde un peuple aussi insoucieux que celui sénégalais. Porter la Coalition gagnante Wattu Senegal à la troisième position de ces suffrages est tout simplement une aberration. 2012 serait-elle si loin dans nos souvenirs? Aurait-on oublié le forcing de Maitre Wade pour nous diriger contre vents et marées? Les insultes du Super Intelligent sont-elles passées comme lettre à la porte? Qu'arrive -t- il à mon peuple? Mon Dieu. Faites nous descendre un miracle exorciseur. Une vie de mouton de panurge n'est pas ce que l'on désire. 
Malgré tout, à chaque niveau d'absurdité, un palier supérieur attend son heure pour se manifester.

Une dégringolade fêtée: tout est ironie dans ce pays.

En effet, 24h aprés les premiers résultats, Benno Bokk Yakkar jubile déja. Une responsable de l'APR s'est même félicitée du pouvoir du Président Sall d'avoir pu réduire l'opposition à sa plus simple expression, et en un clin d'oeil. A Dakar, ils bombent leur torse parce qu'ils auraient ridiculisé leur adversaire direct, le prisonnier le plus célèbre du pays. 
Décidément le ridicule ne tue pas au Pays de la Téranga. 
Mais pourriez vous quand même leur rappeler que la coalition Benno Bokk Yakkar est passée de 65% à 49% (à peu prés) en 2017. Que cette soi-disante victoire au lieu d'être une aubaine devrait les inquiéter. Qu'en moins d'un mandat la popularité du Président Sall et de ses acolytes dégringole à la vitesse de la lumière. Au cas où ils ne le sauront pas, les législatives balisent le terrain et peuvent servir de mesureur pour les élections présidentielles de 2019. BBY aura certes sa majorité à l'assemblée, mais si elle ne se remet pas en question elle échouera lamentablement un soir de février 2019 surtout avrc une opposition forte et regroupée.
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Une opposition d'idées: forte et valeureuse.

De plus, à l'annonce des premiers résultats, un peloton de tête s'est nettement distingué: Benno-Mankko-Wattu. Les deux dernières listes viennent de l'opposition. Qu'est ce qui se serait passé s'ils avaient fusionné leur liste? Si l'opposition était soudée au lieu de verser dans des débats inutiles à la limite indignant? Le poids d'une telle opposition face au pouvoir est indubitable. Mais pour cela, il faut que l'opposition se regroupe autour de principes et d'idées nonobstant leurs intérêts personnels. Il faut qu'elle soit porteuse de projets capables d'impulser le changement et de participer dans la gestion publique. 
Toutefois, à défaut de pouvoir taire leurs mésententes pour servir le pays, qu'ils prennent leur retraite politique et laisse la place aux jeunes et nouveaux visionnaires animés du seul désir noble de porter le pays de la Téranga au rang de pays émergent. Et on a l'espoir que ceux ci se profilent à l'horizon. 

La leçon-surprise: autour d'un idéal PUR

Evidemment que ne fut ma surprise à l'annonce des résultats. Le PUR talonne de prés les politiciens professionnels. Et tenez vous bien, ce n'est pas une coalition. La question que l'on se pose dés lors est celle de savoir d'où ils sont venus. Et bien. Ils étaient bel et bien là. Mais on leur a appris à faire profil bas,à respecter l'autre et à travailler sans relâche, dans la discrétion. C'est que l'influence d'hommes de valeurs autour du PUR est indéniable. Et c'est un idéal qui permet à qui le veut de s'inscrire dans le registre des vaillants qui ont dit non à l'avilissement de l'homme par la ruse humaine. Considérant que c'est par la faiblesse des autres qu'on doit se positionner pour reconsidérer notre devoir, l'idéal PUR appelle à ce qu'on se serve de notre génie et non pas s'en servir pour asservir. Dés lors, ils sont regroupés autour de principes nobles et ont la volonté de servir le pays; espérons alors que l'échiquier politique ne les transformera pas en vautours. Car tous s'oublient dans ce jeu, ignorant que dans la réussite ou l'échec de chaque entité individuelle se trouve la part de responsabilité des autres.