Comprendre … n°001 : La Crise au Kasaï


Vendredi 04 Août 2017 : une équipe d’experts internationaux du Haut-Commissariat des Droits de l’homme dévoile un rapport macabre, compilant des témoignages de 96 réfugiés en Angola ayant fui la crise de la région du Kasaï en RDC, incriminant forces armées congolaises, milice « Kamuina Nsapu » et groupes armés sévissant dans la région. 
Il fait état de crimes perpétrés à l’encontre de 282 personnes dont 113 femmes et 68 enfants. 62 de ces mineurs auraient d’ailleurs fait l’objet d’exécutions sommaires ou sont morts dans les violences sur un total de 251 personnes.
Un document alarmant mais qui n’est malheureusement pas exhaustif de toutes les atrocités commises dans l’une des 25 provinces du Congo Kinshasa.
Que se passe-t-il donc au Kasaï depuis Août 2016 ?

Tout part d’une question de chefferie traditionnelle. Jean-Pierre Mpandi est proclamé nouveau chef coutumier du clan des « Bajila Kasanga » dans le Kasaï central depuis la mort de son oncle en 2011 mais en RDC les chefs traditionnels font partie de l’administration publique et leur importante fonction spirituelle auprès des populations fait très souvent objet de tentatives d’instrumentalisation par les autorités politiques.
Depuis 2015, une nouvelle loi portant statut des chefs coutumiers est entrée en vigueur au Congo. Elle prévoit la rémunération des chefs et la publication d’un arrêté de reconnaissance du statut de chaque chef. 
Tous les chefs coutumiers obtiennent leur légitimité de cet acte émanant du Pouvoir, celui du 6ème « Kamuina Nsapu », nom que s’est aujourd’hui donné la milice de ses souteneurs, tarde à lui être accordé.
On lui soupçonne des accointances avec des courants politiques contestataires du Pouvoir de Kabila et son discours ne laisse pas filtrer le contraire ce qui concourt à lui faire refuser son autorité  du point de vue formel.
Jean Pierre Mpandi 
En avril 2016, ses discours à fort relents politiques et séditieux tenus en marge de cérémonies traditionnelles inquiètent, une perquisition est menée à son domicile alors qu’il est en voyage en Afrique du Sud.
Cet acte de profanation de ce lieu sacré et de ses « objets mystiques » hérités l’irrite et sonne le début de sa véritable insurrection : il demande à tous les chefs coutumiers « de se joindre à lui dans la rébellion contre tous les symboles de l'État » et appelle chaque village à envoyer des jeunes pour l’aider à la tâche contre le gouvernement central ». 
Certains chefs traditionnels lui donnent un écho favorable, supérieur à celui qui avait suivi son ultimatum inaudible lancé en fin d’année 2015 pour l’expulsion de tous les « étrangers » (notamment les ethnies rwandophones) et ceux qu’il considère comme représentants de ce qu’il nomme « gouvernement d’occupation ».
En Juillet 2016, de retour dans son village il érige des barricades et des attaques sporadiques, contre les forces de l’ordre et les membres de l’administration publique, dont il dément être à l’origine sont menées par des miliciens que d’aucuns identifient à ses hommes.
Et pourtant cette zone située dans l’Ouest du pays fait partie des rares à connaitre une relative accalmie comparée au reste du pays.
Dans le courant du mois d’Août 2016, les attaques contre les forces de l’ordre se multiplient et le 8 du même mois la ville de Tshimbulu est attaquée par des miliciens qui font 9 morts et incendient tout bureau gouvernemental ou symbole de l’Etat sur leur passage.
La réplique ne se fera pas attendre de la part des autorités gouvernementales qui lui donnent 3 jours après, un ultimatum de 24 heures pour se livrer aux forces de l’ordre avant de lancer l’assaut sur son domicile après son refus d’obtempérer motivé par sa méfiance et son désir d’être plutôt escorté par une MONUSCO qui avait quitté la région depuis deux années.
Le 12 Août, il meurt, dans une intervention militaire, d’une balle dans le ventre sur son territoire de Dibaya dans ce qui est aujourd’hui le Kasaï central après le réaménagement territorial de 2015 qui fait naître les Provinces Kasaï, Kasaï central, Kasaï oriental, Sankuru et Lomami.
Et c’est ce qui marque le début du cycle de violences dans la zone.
Les miliciens se font plus nombreux et plus violents contre les agents de l’Etat pour venger la mort de leur Chef et l’embuscade tendue à une quarantaine de policiers tués ensuite constitue un pic dans la montée des violences.
La répression militaire elle s’endurcit. Le rapport de force est d’ailleurs des plus disproportionnés. Les « Kamuina Nsapu » sont, faiblement armés et constitués de jeunes dont une grande frange d’enfants, la majorité selon certains.
Les miliciens se disent dotés de pouvoirs mystiques qui conféreraient l’invulnérabilité et développent une croyance fortement ancrée en des capacités occultes acquis après des rites initiatiques.
Un milicien ©Congoactuel
Dans plusieurs vidéos d’affrontements avec l’armée il est possible de voir des enfants, parmi lesquels des jeunes filles, blessés ou tués, armés de bâtons dits « magiques » supposés tirer des « coups fatals » à l’ennemi militaire et les exécutions parfois filmées de ceux qu’ils capturent montrent tout un cérémonial superstitieux propre à la bande armée, des réfugiés victimes mentionnent depuis quelques temps l’exécution sauvage de villageois accusés de « sorcellerie » par les miliciens.
Les forces armées elles ne lésinent pas sur les moyens de dompter cette insurrection qui, peu à peu, gagne les zones avoisinantes du Kasaï central sur fond de crise politique au sommet de l’Etat et de rancœurs contre le pouvoir central qui les qualifie de « terroristes » et clame le respect de sa souveraineté dans le règlement de cette affaire purement interne tout comme dans le traitement judiciaire des crimes commis.
Pas question d’une enquête menée exclusivement par des experts internationaux dont deux de l’ONU trouveront la mort dans des circonstances encore floues en essayant de rencontrer des miliciens accusés par l’Etat de les avoir tués, vidéo à l’appui. 
Le consensus est finalement trouvé avec une commission mixte mais la tâche est lourde avec déjà 80 fosses communes découvertes
Ajouter Armée congolaise au Kasaï légende
jusque là et les
autorités gouvernementales les imputent aux miliciens.
Pire, le conflit dégénère aujourd’hui en violences dirigées contre des ethnies.
Les « Luluas » et les « Lubas » sont systématiquement visés par l’armée puisque la majeure partie des Kamuina Nsapu sont issus de ces deux groupes ethniques qui parlent la même langue alors que la distinction entre les civils et la population ne peut plus se faire uniquement par les atours et le fameux bandana rouge distinctif des miliciens.
La langue qu’ils ont en commun, le « Tchiluba » est considéré comme critère de leur appartenance à la milice Kamuina Nsapu par militaires et « Banas Muras », d’autres groupes armés composés de membres d’autres ethnies de la région combattant les « Kamuina Nsapu », ayant fait plus de morts que l’armée congolaise et que les rapports de l’Onu indexent comme étant fortement liés aux forces militaires sur place qui les encadrent de même que des autorités locales dans le cadre d’attaques contre des villages.
Mutilations, massacre à la machette, viols et incendie de maisons ont lieu contre les populations méthodiquement identifiées et assimilées aux miliciens « Kamuina Nsapu », des exactions qui n’épargnent ni femmes ni enfants.
Des morts chiffrés à plus de 3.300 personnes depuis le début de la crise qui a aussi provoqué le déplacement d’1,5 millions de personnes dans l’intérieur du Pays et aux frontières avec l’Angola voisin.
Aujourd’hui le corps du 6ème Kamuina Nsapu a été restitué à sa famille pour des obsèques traditionnelles et un nouveau chef plaidant l’apaisement a déjà été intronisé depuis Avril 2017 mais les affrontements ne faiblissent toujours pas...
Avec 
Rapport de la mission du Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme – témoignages des réfugiés qui ont fui la crise de la région du Kasaï, en République démocratique du Congo
WebDocumentaire Rfi: Violences au Kasaï 
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