"Opinion sur les critiques en la personne du Président Paul Kagame après sa troisième réélection à la tête du Rwanda : un autre regard sous une autre optique... " Par Amadou Tidiane Thiello







Du Constat à l’interrogation...

Pourquoi cet acharnement sur la personne du Président Paul Kagame après sa 3ème réélection à la tête du Rwanda avec un taux de plus de 98% ?
Décidément les apôtres de la démocratie semblent être très remontés contre Kagamé à la suite du troisième renouvellement de son mandat. 
Cette tendance à vouloir mesurer la démocratie ou la légitimité par les élections est inquiétante, plus inquiétante encore lorsque qu’on ignore la trajectoire historique et la dynamique de l’État en cause ou on préfère tout simplement faire l'omerta consciemment dans un souci de parfaire un raisonnement logico-déductif au grand plaisir des philosophes.
La démocratie, ne se réduit, ni ne s'exclut dans l'élection, quoique transparente paraîtrait elle. L'élection n'est qu'un élément parmi d'autres qui fondent la légitimité d'un Président. Ce faisant, Promenons-nous dans l'historiographie du vote dans les pays dits « démocraties avancées » pour tâter un peu le pouls historique du droit de vote et même son caractère démocratique. Ainsi, les États Unis, considérés comme miroir en matière de démocratie, les noirs n'ont commencé à voter qu'en 1965. En Angleterre les femmes ont disposé du droit qu'à partir de 1918.  En France, ce n’est que très récemment à partir de 1944 que les femmes acquièrent le droit de vote.
Force est alors de reconnaître que même dans les pays dits démocratiques, le droit de vote pour tous les citoyens, du moins certains citoyens longtemps dépourvus dudit droit, n'est qu'acquis tardivement dans ces mêmes pays. Il fut lui-même, non seulement, discriminatoire mais acquis tardivement, de surcroît.
En outre, la légitimité, elle aussi, ne s’exclut point dans la typologie classique, orthodoxe et iconoclaste de Max Weber. Elle n’est pas que charismatique, traditionnelle et légale rationnelle. Elle est aussi et fondamentalement une formulation des politiques publiques pour répondre aux besoins des populations. 
La légitimité se mesure essentiellement à l'épreuve des politiques publiques mises en œuvre et de leurs succès. C'est dans cette perspective que Philippe Zittoun en s'inspirant de Machiavel, dans son ouvrage intitulé la fabrique de politiques publiques publié en 2013, soutient : « Les politiques publiques sont le lien où se joue la stabilité du pouvoir et où se forge l’identité même du politique. »
Par ailleurs, Oui à la démocratie aux respects de règles et principes qui la gouvernent mais non à l'absolutisation outrancière de ces fameux principes et règles.
Une articulation entre contexte socioculturel et les principes exogènes ayant émergé dans un contexte particulier doit fondamentalement guider l'application des principes démocratiques avec les logiques vernaculaires. Surtout dans le cadre de ce pays, il faut garder en tête que le Rwanda est toujours un État en construction et une identité en consolidation. Pas besoin de rappeler ici le choc que ce pays a traversé, du moins, nous le pensons.

De l’interrogation du constat…

Au finish, à quelles finalités aspire -t-on ? 

Entre l'organisation répétitives d'élections coûteuses non représentatives émaillées de contestations routinières et  la « gouvernance » ( pas au sens normatif de la banque mondiale comme l’aurait précisé Jean Pierre Olivier de Sardan) sous le
magistère d'un homme quoique  un peu "autoritaire" mais où la rigueur dans le travail est de mise, les conditions de vies améliorées, la corruption sévèrement réprimée, la salubrité sérieusement pris en compte, le taux de croissance rivalisant avec les pays du nord, quel devrait être notre choix ?
Qu’avons-nous à faire avec des alternances formelles, non alternatives, stériles en matière d'amélioration des conditions d'existence et s'accommodant de clientélisme, de redistribution ciblée des ressources pour reprendre Médard. 
L'actualité est fort édifiante dans le contexte sénégalais. Toutefois, nous préférons faire l'omerta sur cette calamiteuse situation car la littérature en ces derniers temps y fut abondante, très abondante.
Si aujourd'hui le Singapour est au niveau où il est, avec son économie dynamique qui le hisse au cœur des pays dits émergents, c’est en grande partie grâce au leadership caractérisé par un "autoritarisme souple de Lee Kuan Yew.
Nous ne sommes pas contre l'élection, loin de là, mais nous sommes, modestement, pas favorables à son utilisation en tant que seule ou essentielle variable pour mesurer la démocratie, saisir la teneur de la légitimité d'un Président de la République.
Promenons-nous sur le terrain des réalisations de Paul Kagamé, vaste terrain qui fonde principalement sa légitimité. N’est-il pas coutume de dire ou d’entendre que les chiffres parlent d'eux même ? En conséquence, laissons-les alors parler d'eux-mêmes.
Aujourd'hui, le taux de croissance du Rwanda est de 7%. Il est le deuxième pays au palmarès de « Doing Business » et 91% d’accès de la population à l'assurance maladie. La population est à 95% aujourd’hui couverte par l’internet mobile. En outre, le taux de mortalité maternelle et infantile est divisé par 6 en 20 ans. Comme si tout cela ne suffisait pas, en matière de Sécurité, de propreté, le Rwanda est aujourd’hui une référence. Enfin, le taux de corruption minimal tourne, dérisoirement comparé aux autres taux des autres pays africains, autour de 4% au dernier classement africain de Transparency International. 
Par conséquent, pour reprendre les propos de l’autre, lorsqu’un président travaille, il n’a pas du mal à se faire réélire fut-il pour un 3ème mandat au grand dam des démocraties dites modernes ou avancées.
 Mais lorsque vous passez un mandat entre les avions, déconnecté de toute réalité, un 2ème mandat devient problématique et certains citoyens s’impatientent de vous voir finir rapidement votre quinquennat, quoique démocratiquement aviez-vous été élu.
Je termine par ces propos de Coluche qui nous enseigne : « Si voter changeait quelque chose, il y’a longtemps que ça serait interdit ».