"Une si courte lettre ouverte à Papi- Président Abdoulaye Wade" Par Amadou Tidiane THIELLO

M. le Président, Vous êtes une Icône, une Star qui brille et brillera pour toujours. J’espère que ceux qui sont de l’autre rive ne m’en voudront pas de vous appeler M. Le Président.

Aujourd’hui, personne ne peut parler de démocratie sénégalaise ou de «démocratie à la sénégalaise» sans vous citer, même si, Papi, par la suite, vous avait failli l’étouffer, paradoxalement. 
Vous avez bataillé et durement bataillé pour la « décompression autoritaire » et l’ouverture du « jeu politique » dans la perspective de Bayart et Shatzberg. 
Papi Président, vous avez livré un combat noble au prix de votre vie, de celles de vos proches. Emprisonné plusieurs fois, vous avez su résisté comme un lion sur tout le chemin en poursuivant fidèlement avec abnégation et témérité l’itinéraire jusqu’à la première et historique alternance de 2000.
M. le président, vous faites partie des rares présidents d’Afrique dont le destin ressemble un peu à celui du chantre de « l’Ubuntu ». Nous faisons référence à votre emprisonnement évoqué plus haut, aux autres contraintes, à votre démocratique et historique élection entre autres similarités quoique à des degrés discutables et variables. Giovani Sartori, dans son article Bien Comparer, Mal Comparer, nous sert dans cette optique de réplique, avec modestie, à ceux qui seraient tentés de remettre en cause cette comparaison. En ce sens elle ne s’inscrit précisément que dans le cadre de « la décompression autoritaire » et naturellement de la lutte pour l’effectivité d’une véritable démocratie et le respect du pluralisme politique. 
Du parti de contribution au parti d’opposition à l’épreuve des faits, vous avez fait preuve d’un génie et tout fort heureusement pour la démocratie sénégalaise.
Papi Président, vous êtes un panafricaniste et africaniste convaincu. Et c’est ici que notre admiration pour votre personne caresse son comble. Votre discours courageux devant les institutions de Bretton Woods raisonne encore dans nos cœurs, dans nos esprits et dans ceux de tous les panafricains convaincus. 
Aujourd’hui, dans la plupart des pays du continent, siègent à leurs têtes des banquiers, des ingénieurs, en somme des « techniciens ». Ce dont, d’ailleurs, nous ne déplorons pas. Toutefois, notre inquiétude réside dans le fait qu’aujourd’hui, beaucoup parmi ces leaders semblent être moins  imbus de la sève panafricaniste. Les projets à courts terme, si projets il y’a, semblent prendre le dessus sur « les projets macros », à long terme et « transgénérationnelles ». En outre, les intégrations qui se manifestent de part et d’autres sont guidés par des intérêts économiques non avoués, se font et se défont  plus ou moins au gré des « des urgences conjoncturelles ».
Avec Obassanjo Olessejun, Mbéki Thabo, Bouteflika Abdel Aziz, vous avez été l’un des chantres et porteur de ce noble et inédit « projet » qu’est le NEPAD. Ce dernier avait l’originalité de miser sur le potentiel du continent et de rompre avec les prêts contreproductifs. 
Par ailleurs, c’est délibérément tenter de décapiter une partie du cœur de  l’histoire de la «démocratisation politique» du Sénégal que de vouloir vous réduire exclusivement à la fameuse, turbulente et circonstancielle époque de 2012, quoique non négligeable. 
Papi Président, cet épisode n’est un grain de sel dans un fleuve miellé. En conséquence, après avoir fait l’historiographe de votre trajectoire politique, nous-nous rendons compte que vous êtes un grand homme.  Il existe certaines de ces œuvres que nul ne saurait pouvoir effacer. Comme celles-là, vous n’en manquez pas. Nous préférons en ce sens faire l’omerta sur ces œuvres. Ne serait-il pas un truisme, d’ailleurs, de les citer car connues de tous ? Les citer sans exhaustivité ne participerait-il pas  à les « tronquer » ?
Toutefois M. le Président, vous avez fait votre temps. Et comme toute œuvre humaine, elle ne peut être entièrement parfaite. Mais vous avez quand même fait votre part. Et nous jeunesse en tirerons, après une sérieuse introspection, des leçons avec objectivité.  
Papi président, nous sommes tentés de vous poser ces suivantes questions. Papi, à ce stade de votre vie, quel combat êtes-vous en train de mener, un combat par procuration ou êtes-vous une âme inassouvie en politique ? Ou encore,  votre engagement serait-t-il le reflet d’un non engagement d’une jeunesse censée prendre la relève ? Ou plus, Serait-il celui d’une relève incapable d’assumer et d’assurer la relève ?
Papi Président, loin d’une injonction prétentieuse, au Repos !
Papi Président, Je termine par ce vieux proverbe tanzanien qui nous enseigne : « Vivre son temps est bien mais accepter qu’il est dépassé est une sagesse »


Amadou Tidiane THIELLO
Science Politique / Université Gaston Berger de Saint-Louis 
thiellotidjane@gmail.com