Trump, Jérusalem, Israël et les Etats africains

La promesse de campagne avait été classée dans la catégorie des plus farfelues émises par son auteur. A l’époque l’improbabilité de son élection comme Président des Etats-Unis vouait son projet à l’échec. 
Mais plus d’un un an après son élection surprenante, il est plus que probable, sans grand revirement de dernière heure, qu’il ne passe à l’action.
L’intention est risquée et sa concrétisation serait plus que dramatique pour les Palestiniens: transférer l'ambassade des États-Unis à Jérusalem et reconnaître de fait, chose inédite, son statut de "Capitale"  de l’Israël tel que proclamé urbi et orbi sans succès par Israël depuis des années que les ambassades des pays du monde entier (ayant des relations diplomatiques avec l'Etat hébreu) désertent le lieu controversé pour Tel-Aviv.

Bien vrai que le Congrès américain avait prévu depuis 1995 de transférer l’ambassade des Usa à Jérusalem mais avec la précaution intelligente d’une possibilité de retardement de sa mise en œuvre au gré des Présidents successifs,  la vingtaine d’années écoulée depuis lors renseigne sur la délicatesse de la question. 
Ironie du sort, la décision du Président américain est attendue, après avoir été repoussée, une semaine après la "Journée de solidarité internationale avec le Peuple palestinien". 
Mais au-delà, l’attentisme des pays africains est aussi blâmable. Aucun mot, aucun communiqué, aucune déclaration, aucun appel préventif comme ceux de Riyad, Paris, Ankara etc afin d’alerter l’Administration « Trump » du mauvais aloi d’un tel choix, ne serait-ce que pour le principe d’un désaccord fermement exprimé plutôt qu’une réaction après-coup « irréversible ». 
Dans le concert des réactions, le Continent semble le seul absent à l’exception du Maroc ayant cependant réagi sous le couvert du Comité « Al Qods » pour la défense de Jérusalem. Sinon, rien de la part d'Etats ayant pourtant eux-aussi vécu la  même Colonisation que celle des terres palestiniennes qui tend à se renforcer avec la plus grande présence d'extrémistes au sein de la classe politique israélienne.
Passivité éternelle des Organisations et/ou Etats africains ? Sous-estimation de leur poids ?  Ou faut-il croire que l’opération de charme entamée il y a quelques années par Israël commence  ou continue à porter ses fruits ?
Si le Sommet Israël-Afrique a dû être reporté pour des raisons internes au pays hôte, le Togo, au mois de Juin déjà le Premier Ministre Benyamin Netanyahu intervenait comme invité d’honneur au sommet de la CEDEAO le premier non-africain à jouir d’un tel privilège. Boycotté par quelques pays ouest-africains récusant la colonisation des terres palestiniennes et certains États passant sous silence leur désapprobation de cette violation flagrante du droit international, d'autres espérant la survenue d’une solution consensuelle pour une crise qui dure depuis trop longtemps.
En tout cas la réaction récente des autorités palestiniennes est illustrative d’un certain « désespoir » : 
« L'administration américaine sait très bien à quel point nous avons été généreux, à quel point nous avons été réceptifs à leur initiative. Ils savent très bien à quel point nous avons été sérieux avec eux. Nous avons répondu à toutes les questions qu'ils nous ont adressées. Donc nous avons beaucoup coopéré à propos de leur initiative, même si nous n'avons toujours rien vu venir. Cela fait bientôt neuf mois et nous n'avons toujours vu aucune initiative. Nous ne savons rien de leur vision. Ils ne mentionnent pas la solution à deux Etats. Ils ne disent rien lorsque Israël détruit la Palestine en construisant des colonies. Et nous sommes restés engagés dans ce processus. Maintenant, si les Etats-Unis décident de récompenser l'occupation, de récompenser la colonisation et la négation de nos droits, nous n'aurons plus de liens avec eux pour la construction de la paix dans cette région. »
(Propos recueillis à Bethléem par Guilhem Delteil pour RFI)... 
Lire aussi: 15 mai 1948 : chronique d’une nakba (catastrophe) pour les palestiniens
Le processus de paix paraît certes n'avoir jamais été enclenché comme l'estiment certains, mais la ligne rouge semble presque être franchie.  
Jérusalem est la meilleure piste à l’heure actuelle ou le dernier lieu possible où la réconciliation peut être actée: la partition de la ville en deux, l’Est pour la Palestine, l’Ouest pour Israël et les lieux de culte sous contrôle international est une des solutions alternatives restées jusqu'à présent  à l’état de projets car Israël ne démord pas de sa volonté de "s'accaparer" Jérusalem malgré les concessions de "l'ETAT" palestinien (qui revendiquait au début sa souveraineté sur l'entièreté de Jérusalem). 
Petit rappel historique,  après la déclaration d'Indépendance de l'État d'Israël, en 1949, Jérusalem-Ouest est proclamée capitale d'Israël. En 1967, Tsahal conquiert Jérusalem-Est et Israël déclare Jérusalem "réunifié", avant même la "Loi de Jerusalem de 1980", malgré les réprobations du Conseil de sécurité qui dans ses résolutions 476 et 478, déclare d'ailleurs que la loi israélienne établissant Jérusalem capitale « éternelle et indivisible » est nulle et non avenue, et constitue une violation du droit international.