"Non le Parrain, ne vous y engagez pas." Par Mamadou Oumar KAMARA

De sa manche apparemment bien fournie en tours saugrenus, le président Macky Sall nous a dernièrement sorti le coup du parrainage. Une pilule qui s’avale très difficilement du fait de son acidité et de sa surabondance. Il faut le dire, l’idée n’est pas majestueuse, n’est pas solidement fondée, est antidémocratique et exclusive, et n’est non plus ni urgente ni primordiale.

Monsieur le président, si le parrainage est autant indispensable et essentiel que vous et votre ministre de la Justice vouliez nous le faire croire, pourquoi n’avoir pas pensé à le greffer aux points du référendum de 2015 ? Vous deux mêmes signifiiez bien que vous aviez pensé en profondeur à toute réforme consolidante à même de faire progresser notre démocratie. Pourquoi donc n’avoir eu cette idée lumineuse qu’en cette période d’avant-campagne où les adversaires se déclarent de partout ? 

Pourquoi donc ne l’avoir eue qu’en ce moment où vous semblez fort bien exprimer vos craintes en muselant certains candidats déclarés ou probables, ou bien en miroitant l’épée de Damoclès au-dessus d’autres (sans grand succès d’ailleurs!) ?

Vous prétextez le nombre pléthorique des listes présentées aux dernières législatives. Bien. Mais pourquoi alors vous ne sortez la clef de ce capharnaüm que dix mois après ? En parlant de parrainage justement, tout le monde sait que (même certains de vos ouailles ont eu l’imprudence et l’outrecuidance de l’avouer publiquement) que vous aviez parrainé beaucoup de ces 47 listes pour faire ombrage à l’opposition significative.

M. le président, votre Garde des Sceaux défend que « le parrainage est la moins mauvaise mesure voire la meilleure mesure pour assainir la compétition pour la magistrature suprême et faire progresser la démocratie sénégalaise ». Excusez-moi de relever cette malhonnêteté intellectuelle de la part de l’éminent constitutionnaliste. On n’assainit pas avec de la souillure. Et le principe du parrainage que vous désirez est biaisé dès le départ. Seuls vos affidés le défendent et semblent convaincus de sa pertinence. D’autant plus que certains se soient déjà écartés de l’impertinence. Et ceux qui s’échinent à le défendre s’y prennent avec une criarde impertinence. Mais pourquoi vous pensez à Mame Mbaye Niang ? Je ne parle pas de lui dé !

M. le président, veuillez écouter le signal de l’opposition radicale, de la rue et de l’opinion digitale. Je suis sûr que la farine de Paris a fortement agi sur votre conscience.  Je suis tout autant sûr que vous avez déjà entendu parler du hashtag #M19 (Rf : jeudi 19 avril, date de passage du projet de loi sur le parrainage à l’Assemblée nationale), une menace non négligeable d’un rebelote du #M23. Et nous ne vous apprenons pas que ce mouvement a significativement été pour le départ de votre prédécesseur et votre entrée dans ce bureau d’où vous voulez envoyer l’ordre à votre flotte de l’Assemblée nationale l’ordre de faire passer le démocraticide projet de loi. Oui, le parrainage favorise un recul démocratique en ce sens qu’il vise à exclure, à sanctionner et à pénaliser des candidatures qui ne valent peut-être pas moins que la vôtre. Si candidature fantaisiste il y a, c’est bien à nous citoyens électeurs d’en décider. Pas vous ni votre clan, pardon, votre camp.

M. le président, admettons que ce soit même une bonne chose. Et même là, le format et la formule que vous « suggérez » ôtent au parrainage tout son bien-fondé. Attendre à dix mois de l’élection présidentielle pour imposer un double tour du Sénégal aux candidats désireux de se présenter n’est pas sage. Youssou Ndour ne doit pas vous être très injoignable, demandez-lui la difficulté à ne récolter QUE dix mille signatures. En demandez près de 70 000, avec au moins 2 000 à piocher dans chaque région administrative sur sept au moins (à noter qu’une voix ne vote que pour un seul candidat), en sachant les disparités et les velléités selon les régions, est juste liberticide. Et Mimi est ainsi très peu brillante en déclarant que c’est un moyen de barrer la route aux candidatures éthnicistes. Les problèmes ne se règlent pas par la sournoiserie. Si tant est que vous voulez réduire les partis ou candidatures fantoches, réclamez le dépôt des comptes financiers. Oh que grande sera la surprise walaay !

Encore, M. le président, avoir déjà rédigé le projet de loi et vous être fait l’obligation de le faire passer en bombant le torse pour ensuite déclarer être ouvert au dialogue, je pense que cela est un peu vous moquer de votre monde. Il ne s’agit quand même pas d’une question de souveraineté ou d’intégrité territoriale où il ne faut pas du tout transiger. Le plus sage, M. le président, est de suspendre cette idée et de discuter, non des modalités d’application comme vous le suggérez, mais de sa pertinence et de ses possibles alternatives. La démocratie est inclusive et participative de nature, pas de manière circonstancielle. Le dialogue et les actes compromissoires doivent donc jalonner tout son processus. 

M. le président, permettez-moi de le répéter, l’idée du parrainage n’est pas bonne et n’est encore moins une priorité. Sinon, aucune pénurie de farine ou de cailloux n’est signalée en perspective.
Avec, Son Excellence le chef de l’Etat du Sénégal M. Macky Sall, tout notre respect et toute notre haute considération, quand même.

Moka Kamara